Décrypter la levée en amorçage
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5/4/20269 min read
Investment readiness : la grille de lecture d’un Business Angel
Les business angels jouent un rôle clé en amorçage : tickets plus agiles, décisions rapides, proximité culturelle, capacité à ouvrir des réseaux. Mais le marché s’est durci. Les standards ont nettement monté. Alexis Valero partage ici sa manière de lire un dossier aujourd’hui : ce qui fait la différence, ce qui déclenche une décision, et ce qu’il attend réellement d’une startup avant et après investissement.
Alexis Valero est business angel basé en France. Il investit en pré-seed et seed, seul ou en syndication, sur des projets à fort potentiel en phase d’amorçage.
Depuis 12 à 18 mois, qu’est-ce qui a le plus changé dans votre manière d’investir ?
Alexis Valero : J’ai commencé avec une approche assez opportuniste, en diversifiant mes investissements. Avec le temps, et surtout au contact de dealflows plus structurés – notamment via des acteurs comme Hustle Ventures – ma compréhension des marchés africains s’est affinée.
Aujourd’hui, je ne cherche plus seulement des signaux “objectifs”. Je cherche une forme de justesse dans le projet : une équipe qui comprend profondément son marché, qui a un angle clair, presque instinctif, sur la manière de l’attaquer. Les bons dossiers ne sont pas ceux qui cochent toutes les cases. Ce sont ceux qui donnent le sentiment que quelque chose tient.
Les business angels sont connus pour se forger une conviction assez rapidement. Combien de temps passez-vous sur un dossier avant de vous positionner ?
A.V : En amorçage, on travaille toujours avec une information imparfaite. À un moment, il faut accepter que la décision repose aussi sur une part d’intuition. Je regarde les fondamentaux, bien sûr, mais ce qui fait vraiment la différence, c’est la confiance que j’ai dans l’équipe.
Est-ce que je pense qu’ils sauront réagir quand ça deviendra compliqué ? Est-ce que j’ai envie de travailler avec eux sur plusieurs années ? Si la réponse est oui, la décision peut être rapide. Sinon, aucun KPI ne compense ce doute.
Lorsque vous évaluez un dossier, quels sont les critères qui motivent votre prise de décision ?
A.V : Le premier critère reste le critère humain. Lorsque j'évalue une opportunité, j’essaie de comprendre à qui j’ai affaire. Est-ce que ce sont des profils capables de tenir dans la durée, d’encaisser, de s’adapter ?
Ou des profils plus rigides, qui risquent de bloquer dès que la réalité rattrape le plan ? La résilience et le drive sont essentiels. Ensuite viennent les fondamentaux : une équipe engagée et complémentaire, des premiers signaux de traction, une capacité à comprendre et piloter sa croissance, mais sans cette base humaine, le reste a peu de valeur.
L'enjeu pour un business angel est d'identifier les opportunités qui correspondant à sa thèse d'investissement. Comment faites-vous ?
A.V : Je reçois un peu de dealflow entrant, mais les dossiers les plus intéressants viennent clairement de mon réseau. Des acteurs comme Hustle Ventures jouent un rôle important, parce qu’ils ne se contentent pas de sourcer : ils challengent les projets et les structurent en amont.
C’est dans ce cadre que j’ai investi dans Trenderz, après avoir été introduit par Hervé Mbongu. Ce qui m’a marqué, au-delà des chiffres, c’est la qualité du travail déjà réalisé : la réflexion stratégique était avancée, les leviers de croissance identifiés, et la roadmap claire.
Depuis l’investissement - à la fois en capital et en accompagnement - un travail de fond a été fait sur le modèle et le go-to-market. La startup est passée d’environ 6 000 à 20 000 euros de chiffre d’affaires mensuel. Ce type de trajectoire ne doit rien au hasard.
Qu’est-ce qui selon vous fait un dealflow de qualité ?
A.V : Un bon dealflow, c’est un dealflow déjà travaillé. Les meilleurs dossiers passent par des acteurs qui comprennent le marché, les attentes des investisseurs, et qui challengent les fondateurs en amont. On ne gagne pas seulement du temps, on réduit aussi une partie du risque.
Les business angels comptent parfois sur leur réseau pour accéder à des deals de qualité. Qu’est-ce qui vous met en confiance dans un deal introduit ?
A.V : La personne qui introduit le dossier. Quand quelqu’un de mon réseau me présente un projet, je sais qu’il y a déjà un filtre , pas seulement sur les chiffres, mais sur les fondateurs. Et au-delà de ça, il y a toujours une part de feeling. Le premier échange est souvent déterminant.
La manière de répondre, d’écouter, de se positionner… Ce sont des signaux faibles, mais décisifs.
Un business angel ne peut pas tout analyser en profondeur. Il doit décider rapidement s’il creuse, puis s’il investit. Quels éléments vous permettent de screener rapidement un deck ?
A.V : Je regarde les fondamentaux : la qualité de l'équipe, la pertinence du problème, de la cible et de la proposition de valeur, la profondeur et la structure du marché, les étapes clé du developpement de la startups.
Mais très vite, il y a une lecture plus instinctive. Est-ce que le projet “fait sens” ? En quoi cette équipe est la mieux armée pour fédérer la ressource humaine, matérielle et financière pour construire une proposition de valeur unique qui répondra à la problématique qu'elle a identifié?
Les KPI aident mais ce qui fait la différence, c'est la vision, ce qui motive l'entrepreneur à adresser la problématique qu'il souhaite résoudre, et la vitesse à laquelle il apprend de son marché pour affiner sa proposition de valeur.
Quels sont les motifs de refus les plus fréquents sur les dossiers que tu analyses ?
Le premier motif de refus, est le doute sur l’équipe : lorque l'équipe n'est pas à temps plein sur son projet, manque d'une compétence clé, ou d'expérience sur le sujet qu'elle adresse.
L'équipe est la ressource principale à ce stade de maturité: c'est elle qui execute, apprends, affine, itère pour arriver au product-market fit. Il est important pour moi que cette équipe soit "coachable", entreprendre c'est faire preuve de résilience, d'humilité, d'empathie et de flexibilité.
Ce sont des signaux faibles, mais déterminants. Le second sera un entrepreneur qui ne comprend pas d'où vient sa croissance car sans ça, il est très difficile de dessiner une perspective de croissance crédible.
Qu’est-ce qui déclenche votre décision d’investir ?
A.V : Ce n’est presque jamais un élément isolé, c’est un moment où tout s’aligne :
une équipe crédible, une lecture du marché qui fait sens, et des signaux cohérents. Il y a une part rationnelle, mais il y a aussi un moment où la décision porte sur un ressenti : on a envie de se laisser emporter et de prendre part à une aventure singulière menée par des entrepreneurs hors du commun.
Les startups qui m'intéressent sont celles qui ont été capables de réduit suffisamment d’incertitudes, et qui ont su dessiner une trajectoire de croissance ambitieuse et cohérente. Cela passe par des éléments concrets : traction, modèle, marché, etc.
Mais cela passe également par la capacité du fondateur à expliquer clairement ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et surtout, par la conviction que l’équipe est capable d’exécuter dans la durée.
On dit souvent que les startups en phase d'amorçage cherchent leur modèle. Comment analysez-vous le business model des startups que vous évaluez ?
A.V : Je cherche à comprendre si le modèle peut tenir : une structure de coûts maîtrisée, un pricing cohérent, un modele de revenus pertinent, une distribution de la valeur cohérente.
Mais surtout, je regarde si l’équipe comprend ses unit economics - et si elle est capable de faire évoluer son modèle en conséquence. Sur Trenderz, le passage d'un abonnement à un modèle à la performance a été déterminant.
Ce n’était pas juste un ajustement tactique, mais une vraie décision stratégique qui apporte plus de cohérence dans le partage de la valeur et a permis d'accélérer son acquisition et son revenu par client.
En early stage, la gouvernance est souvent reléguée au second plan. Quels sont les points que vous vérifiez avant d’investir ?
A.V : Je regarde évidemment la cap table, mais au-delà des pourcentages, je regarde ce qu’elle raconte de l’histoire entre associés.
Est-ce que la répartition du capital reflète réellement l’implication de chacun ? Est-ce qu’il existe des associés passifs ? Est-ce que les fondateurs restent suffisamment motivés pour tenir plusieurs années ? Est-ce que la structure peut supporter un prochain tour ?
Ces sujets peuvent sembler secondaires au début. Mais lorsque des décisions difficiles arrivent - un pivot, une baisse de revenus, une levée compliquée - les déséquilibres deviennent vite visibles et peuvent être problématiques.
Comment évaluez-vous la solidité d’une équipe fondatrice ?
A.V : Il y a une part d’analyse et une part de ressenti.
Je regarde la complémentarité des profils, l’engagement, la capacité à exécuter. Mais je fais aussi très attention à la manière dont les fondateurs interagissent entre eux et avec moi.
Est-ce qu’ils écoutent vraiment ? Est-ce qu’ils sont capables de reconnaître ce qu’ils ne savent pas encore ? Est-ce qu’ils changent d’avis quand les faits leur donnent tort ? Est-ce qu’ils avancent vite après un feedback ?
Les meilleurs profils ne sont pas ceux qui ont réponse à tout. Ce sont ceux qui progressent vite.
Quel est le problème de gouvernance le plus fréquent que vous voyez en amorçage ?
A.V : Le désalignement entre fondateurs qui apparaît souvent tard, au moment où les décisions deviennent difficiles.
Tant que tout va bien, les tensions restent parfois invisibles. Mais dès qu’il faut arbitrer - sur le produit, le marché, les recrutements, la levée, ou même la répartition des efforts - les écarts d’ambition ou d’implication deviennent problématiques.
C’est pour cela que la gouvernance ne doit pas être traitée comme un sujet administratif. C’est un sujet de continuité opérationnelle.
Après avoir investi, quel rôle cherchez-vous à jouer auprès des fondateurs ?
A.V : Quand j’investis, j’essaie d’apporter de la valeur sur les sujets où mon expérience peut être utile : go-to-market, structuration, modèle économique, levée de fonds, prise de recul stratégique.
Mais la relation doit rester saine. Mon rôle n’est pas de décider à la place du fondateur. C’est de challenger, d’ouvrir des portes, d’aider à clarifier certaines décisions, et parfois d’éviter des erreurs coûteuses.
Pour que cela fonctionne, il faut une relation de confiance, de la transparence et une vraie cadence d’échange.
Qu’attendez-vous d’un fondateur après l’investissement ?
A.V : J’attends surtout de la transparence et de la discipline. Un investisseur n’a pas besoin que tout se passe bien tout le temps. Il a besoin de comprendre ce qui se passe réellement.
Je préfère un fondateur qui partage rapidement une difficulté, avec un début de plan d’action, plutôt qu’un fondateur qui masque les problèmes jusqu’au moment où ils deviennent critiques.
La qualité de la relation post-investissement se joue beaucoup là-dessus : capacité à communiquer, à demander de l’aide au bon moment, et à tenir une cadence d’exécution.
Dans un marché plus sélectif, quel conseil donneriez-vous à un fondateur qui prépare une levée en 2026 ?
A.V : Je lui dirais de construire d’abord un business capable de fonctionner sans financement externe. La levée de fonds doit rester un levier d’accélération, pas une condition de survie.
Les premiers financeurs doivent être les clients. Ce sont eux qui donnent les signaux les plus importants : est-ce que le problème est réel ? Est-ce que la proposition de valeur est suffisamment forte ? Est-ce que le modèle peut tenir ? Ensuite seulement, la levée vient accélérer une trajectoire déjà lisible.
Quel est le piège le plus fréquent chez les fondateurs qui cherchent des business angels ?
A.V : Le plus grand piège est de ne pas comprendre comment raisonne un investisseur. Beaucoup de fondateurs présentent leur projet depuis leur propre logique : leur vision, leur ambition, leur effort. C’est important, mais ce n’est pas suffisant.
Un investisseur se demande autre chose : quel est le risque ? Qu’est-ce qui a déjà été prouvé ? Qu’est-ce qui reste incertain ? Pourquoi cette équipe peut-elle aller plus loin qu’une autre ? Et pourquoi maintenant ?
Se mettre à la place de l’investisseur, comprendre son niveau d’exigence et sa logique de décision, c’est souvent ce qui fait la différence entre un projet intéressant et un projet réellement finançable.
Chez Hustle Ventures, nous accompagnons des startups en phase pré-seed et seed sur des sujets de structuration stratégique, investment readiness et préparation à la levée de fonds.
L’objectif : permettre aux investisseurs d’accéder à des dossiers plus lisibles, plus cohérents et mieux préparés en amont.
Vous pouvez nous écrire pour échanger.
